Personalia

Vous trouverez ici progressivement mis en ligne des biographies et bibliographies des fondateurs des études mongoles et sibériennes en France.

Anatole Lewitsky

Anatole Lewitsky fut l'un des premiers scientifiques français à consacrer ses recherches au chamanisme sibérien. Il est né en 1901 dans une famille de petite noblesse russe dans le village de Bogorodskoe de la région de Moscou. Après la révolution de 1917, sa famille s'installe à Lausanne puis à Paris. Anatole obtient en 1932 une licence de lettres puis un diplôme de l'Institut d'ethnologie de Paris (option Océanie et Indochine). En mai 1933, il est nommé grâce à Paul Rivet au musée d'Ethnologie où il collabore à la préparation de plusieurs expositions. Il se lance dans l'étude des peuples sibériens sous l'impulsion de Marcel Mauss. Il a prononcé plusieurs conférences dans le séminaire de ce dernier à l'École pratique des hautes études entre 1934 et 1937 sur le chamanisme chez les Bouriates, les Iakoutes et les Goldes.

Au Musée de l'Homme, il a pour collègue le beau-frère d'Eveline Lot-Falck, Boris Vildé, né en 1908 à Saint-Pétersbourg, émigré en France, en charge depuis 1937 du département des Civilisations arctiques du Musée de l'Homme. Avec Yvonne Oddon, ils organisent l'un des premiers groupes de résistance en zone occupée, le "réseau du musée de l'Homme". Arrêté le 10 février 1941, Lewitsky a été fusillé le 23 février 1942 au Mont-Valérien avec Boris Vildé et 8 autres membres du réseau.

LEWITSKY, Anatole ([1939] 1979)  Le chamanisme, in Le Collège de sociologie (1937-1939). Textes présentés par Denis Hollier, Paris, Gallimard (Coll. Idées), pp. 421-446.

Sur A. Lewitsky: 

BLUMENSON, Martin (1979) Le Réseau du Musée de l'Homme, Paris, Le Seuil.

HOGENHUIS, Anne  (2004) D’une culture à l’autre : parcours d’Anatolij Levickij et Boris Vil’de, réfugiés russes et résistants du musée de l’Homme. Colloque Les Premières Rencontres de l’Institut européen Est-Ouest, Lyon, ENS LSH, 2-4 décembre 2004, pp. 473-508 (En ligne sur site externe)  

SALADIN D'ANGLURE, Bernard (2004) Mauss et l’anthropologie des Inuit. Sociologie et sociétés 36 (2) « Présences de Marcel Mauss » (En ligne sur site externe)

Site sur le réseau du musée de l'Homme.

Éveline Lot-Falck

Éveline Lot-Falck (1918-1974) est l'une des fondatrices des études sibériennes en France.

Fille de l'historien médiéviste Ferdinand Lot et d'une émigrée russe, Myrrha Borodine, Éveline Lot-Falck est née à Fontenay-aux-Roses le 18 mai 1918. Elle obtient le diplôme de l'École des langues orientales où elle apprend le mongol avec Louis Hambis et entre au musée de l'Homme en 1940 à titre de bénévole. Sa connaissance du russe la rend aussitôt précieuse dans l'équipe scientifique. Le contact avec les objets sibériens amène É. Lot-Falck à s'intéresser au chamanisme grâce aux conseils d'Anatole Lewitsky (1901-1942).
 

Elle suit les derniers cours de Marcel Mauss et obtient en 1941 son certificat d'ethnologie. Pendant l'Occupation, elle participe au réseau de résistance du musée de l'Homme dont son fiancé A. Lewitsky et son beau-frère Boris Vildé sont les fondateurs. Tous deux seront exécutés en 1942. Après avoir pris la direction des Arctiques au musée de l'Homme, É. Lot-Falck entre comme attachée de recherche au CNRS. En 1953, avec Les rites de chasse chez les peuples sibériens, elle publie la première monographie anthropologique française consacrée aux peuples sibériens. Suite à la lecture de cet ouvrage, Claude Lévi-Strauss proposa la création d'une chaire des Religions de l'Eurasie septentrionale et de l'Arctique à l'Ecole pratique des hautes études qui fut confiée à É. Lot-Falck en 1963. Elle a eu parmi ses disciples Laurence Delaby, Roberte Hamayon et Bernard Saladin d'Anglure.
 

F. Delaby et R. Hamayon décrivent ainsi la méthode d'É. Lot-Falck (1977, 8-9): "Elle mit au service de son investigation une méthode très rigoureuse d'analyse, de type philologique et historique traditionnel. Son originalité fut d'y joindre une formation muséologique très approfondie. Qu'il s'agît d'un texte ou d'un objet, c'était lui qui servait de point de départ à sa réflexion sans se réduire jamais à n'en être que l'illustration. Sa critique des textes était d'une honnêteté scientifique exemplaire, ainsi que ses traductions, qui, grâce à son sens poétique, rendaient perceptible la beauté tragique des incantations chamaniques."
 

Le Centre d'études mongoles et sibériennes conserve le fichier bibliographique et thématique ainsi qu'un fonds de livres d'Éveline Lot-Falck.

 

Bibliographie sommaire
 

1953 Les rites de chasse chez les peuples sibériens. Paris, Gallimard (L’espèce humaine), 235 p.

1961 À propos d’un tambour de chaman toungouse. L’Homme, 1 (2), pp. 23-50 (en ligne).
 

1970 Psychopathes et chamans yakoutes. In Echanges et communications, mélanges offerts à Claude Lévi-Strauss à l'occasion de son 60e anniversaire, II, J. Pouillon & P. Maranda (éds.), Paris-La Haie, Mouton, p. 115-129.

Laurence Delaby et Roberte Hamayon ont édité les cours d'Éveline Lot-Falck à l'EPHE dans le numéro 8 des Études mongoles et sibériennes:
 

1977a À propos du terme chamane. Études mongoles et sibériennes, 8, pp. 7-18.
 

1977b Koča-Kan, rituel érotique altaïen. Études mongoles et sibériennes, 8, pp. 73-108.
 

1977c Le costume de chamane toungouse du Musée de l’Homme. Études mongoles et sibériennes, 8, pp. 19-71.
  

Sur Éveline Lot-Falck
 

DELABY, Laurence & Roberte HAMAYON (1977) Éveline Lot-Falck. L'Ethnographie, 118e année Nouvelle série 74-75, Volume d'hommage à Éveline Lot-Falck, 1977-2, pp 7-9.
 

MAHN-LOT M. & I. VILDE (1975) Éveline Lot-Falck (1918-1974). Objets et mondes. La revue du musée de l'Homme, 15 (1), pp. 109-111.
 

L'ESTOILE, Benoît de (2007) Le goût des autres. De l'exposition coloniale aux arts premiers. Paris, Flammarion, pp. 128-129.