Les « oreilles » du soleil, par Pierre Palussière


La tradition populaire mongole assure que cette tripartition, somme toute assez rare, anticipe un froid très intense au cours des semaines à venir de l’hiver. On en compte neuf (es) avec pour chacune une caractéristique précise liée à l’intensité du froid. C’est donc un signe (temdeg) de prudence comme les Mongols savent les lire dans le livre de la nature. L’hiver promettait d’être sévère et, à posteriori, cela ne peut se contredire.

 

Dans les rues de la seconde ville du pays, des Mongols révéraient très religieusement cette originalité atmosphérique en portant leurs deux mains jointes lentement au niveau du front. D’un geste digne, ils priaient en se prosternant face à l’astre ainsi temporairement divisé. Une pratique qui demeure quotidienne dans ce pays où les anciens guettent toujours l’apparition du soleil aux premières heures du jour pour la dévotion du matin. En cela quoi d’étonnant, « Qui ne comprendra qu’il convient de prier vers l’Est, comme symbole de l’âme orientée vers l’apparition de la vraie lumière » (Origène).

 

Une attitude qui n’est d’ailleurs pas uniquement individuelle et religieuse. N’est-ce pas au premier janvier de l’année civile qu’une délégation du gouvernement mongol escortée d’une fanfare militaire prend les chemins des steppes gelées pour accueillir le tout premier rayon de soleil de l’année ? Discours, hymnes mais aussi quelques libations saluent officiellement la première apparition annuelle d’un astre qui sait encore surprendre et se laisser admirer.

Pierre Palussière

Les « oreilles » du soleil, par Pierre Palussière