Dmitri Perchine, L’Épopée du baron Ungern-Sternberg en Mongolie. Trad. D.Savelli. Présentation par I.Charleux

Dmitri Perchine, L’Épopée du baron Ungern-Sternberg en Mongolie. Mémoire d’un témoin sur le temps des troubles en Mongolie Extérieure (1919-1921), traduit du russe et présenté par Dany Savelli, Besançon : Éditions La Lanterne Magique, 2010, 219 p. carte, 12 ill., ISBN 978-2-916180-10-6 – 17 euros

 

Dany Savelli nous livre ici la traduction française d’un ouvrage de Dimitri Perchine sur la prise d’Ourga par le célèbre baron Ungern Sternberg, intitulé « Mémoire d’un témoin sur le temps des troubles en Mongolie Extérieure », édité en Russie par Inessa Lomakina en 1999. Cet ouvrage passionnant, qui se lit comme un roman, est pourvu d’un appareil scientifique détaillé (notes en bas de page donnant des indications biographiques sur les protagonistes, etc.). Dans la postface, Dany Savelli retrace la légende du baron, « à travers les textes et les imaginations », et souligne la grande valeur du témoignage de Perchine, témoin oculaire, parmi les nombreux écrits historiques, romans, bandes-dessinées et fantasmes qui atteignent les affabulations les plus grotesques.

Loin de conforter les témoignages exaltés sur le cruel « baron fou », que certains ont présenté comme un croisé cherchant à rétablir les Russes blancs sur leur territoire, un mystique superstitieux ou une réincarnation du héros épique Geser, et que d’autres ont dit être à la solde des Japonais ou encore pré-fasciste, Perchine nous livre un témoignage très mesuré, prudent, tentant de démêler les faits de la légende. La première partie du texte est consacrée à la présentation de la situation politique et sociale en Mongolie de 1911 à la veille de la prise de la ville par Ungern. La deuxième partie détaille l’aventure du baron, de la prise d’Ourga à son exécution en Russie. Dans la seule année 1921, Ungern est parvenu à mettre en échec l’expansion chinoise, à occuper la capitale mongole avec un nombre d’hommes dix fois inférieur à ses ennemis, et à organiser un pogrom contre les Juifs, les bolcheviques et les Chinois. Mais l’épopée de ce chef militaire « plongé dans une époque ignoble, dépourvue de valeurs chevaleresques » était désespérée (p. 92). Sa chute, due à une conjonction de facteurs – sa réputation de cruauté, son manque d’information sur la situation internationale, son manque d’argent, d’équipement, de vivres, ses soutiens qui l’abandonnent, et enfin, son entourage qui fomente un complot contre lui – va laisser un grand vide que les Bolcheviques occuperont immédiatement. Ce document historique permet de mieux comprendre le rôle crucial que joua le baron dans cette période anarchique qui vit le passage d’une Mongolie « chinoise » (sino-mandchoue) à une Mongolie russo-bolchevique.

On peut espérer qu’une prochaine réédition inclura la liste des illustrations comprenant les crédits photographiques, qui a manifestement été oubliées.

 
Isabelle Charleux (GSRL – CNRS)