Enterrer, submerger, oublier. Invention et subversion du souvenir des morts en Mongolie

Type de publication  Journal Article
Auteur(s)  Delaplace, G.
Titre de la revue  Raisons politiques
Volume  41
Année  2011
Pages  87-103
Résumé  

Cet article traite d'une réforme des pratiques funéraires conduite en Mongolie à partir du milieu des années 1950. Instituant l'obligation d'enterrer les morts, son enjeu principal est de rendre illégal le rituel pratiqué jusqu'à lors, consistant à déposer les cadavres des défunts à même le sol. Cette pratique, en effet, est jugée inconvenante et inadaptée à la vie urbaine. Le succès de la réforme est mitigé : si l'inhumation semble avoir été adoptée sans trop de difficulté par la population, les cimetières, en revanche, ne prennent pas le tour que les réformateurs avaient souhaité. Imaginés comme des espaces enclos et fleuris, où le souvenir des morts pourrait être dignement célébré, ils se présentent jusqu'à aujourd'hui comme de vastes terrains vagues, évités autant que possible, où les tombes sont livrées à l'oubli et au délabrement. Il s'agira ici de comprendre les raisons de la subversion du projet de cette réforme, en tentant de caractériser l'idéologie funéraire qui sous-tend la configuration singulière des cimetières mongols.