L'«alliancе» religieuse, manière de socialiser le monde. Éclairages judéo-chrétiens sur le «mariage chamanique sibérien»

Type de publication  Journal Article
Auteur(s)  Hamayon, R.
Titre de la revue   Anthropologie et Sociétés
Volume  31
Fascicule  3
Année  2008
Pages  65-85
Résumé  

Prenant la suite de « Le sens de l'“alliance” religieuse, “mari” d'esprit, “femme” de dieu », paru dans Anthropologie et Sociétés (1998), cet article poursuit la réflexion engagée à partir de données sibériennes, sur les implications qu'entraîne le fait de qualifier d'alliance une relation avec des êtres spirituels. Son objectif est double.
1. Il cherche à montrer l'existence d'un lien entre mode d'« alliance » religieuse et conception du rapport au monde et à en préciser la nature. Trois cas prélevés dans les traditions judéo-chrétiennes illustrent trois variantes du mode d'« alliance » inverse de celui du chamane sibérien défini comme « mari d'esprit » : Yahvé est « époux » de son peuple, le Christ de son Église. Ces traditions font à l'« époux » le devoir de protéger le bien de la personne morale ou fictive qui a le statut d'épouse. L'argument peut s'étendre au devoir de sauvegarder la forêt et son gibier qui incombe au chamane sibérien.
2. Il vise à justifier d'analyser l'usage religieux d'« alliance » comme « métaphorique » au sens défini par Lakoff et Johnson (1980), en raison de sa valeur explicative et heuristique. Il met en évidence le rôle cognitif des inférences qu'autorise la structuration métaphorique du système conceptuel sous-jacent. En effet, l'usage d'un terme sociologique pour qualifier une relation devant opérer dans le domaine politique ou religieux fonde la possibilité d'attribuer telle ou telle propriété de la relation sociologique à la relation homologue dans cet autre domaine.